Employés de Xanadu au travail
Employés de Xanadu au travail

Dans la course aux qubits, des entreprises comme Xanadu choisissent Toronto, en Ontario, pour son avantage stratégique

Logo de Xanadu

Au 29e étage d’une tour située au-dessus de la station de métro College de Toronto, une équipe de chercheurs de la jeune pousse en informatique quantique Xanadu (en anglais seulement) travaille sur une technologie qui pourrait tout révolutionner.

« Si tout se passe comme nous le souhaitons et l’espérons, vous ne voudrez pas rater ça. Imaginez l’IA sous stéroïdes ou l’Internet du futur; nous sommes vraiment à ce niveau », affirme Christian Weedbrook, fondateur de la société.

Xanadu est sur les blocs de départ avec des entreprises comme Google, IBM et Intel, pour construire du matériel informatique quantique capable de résoudre des problèmes que les superordinateurs d’aujourd’hui, même les plus puissants au monde, mettraient des milliers d’années à résoudre. Et tout ça est né d’un rêve de M. Weedbrook au cours de sa jeunesse en Australie.

Toronto, en Ontario, offre un tremplin idéal

À l’adolescence, M. Weedbrook avait déjà créé quelques entreprises, mais il souhaitait mettre sur pied quelque chose qui avait un plus grand potentiel. Il est donc retourné sur les bancs d’école pour étudier la physique et les mathématiques, ce qui l’a conduit aux mondes fascinants de la photonique et de l’informatique quantique.

Après avoir obtenu un doctorat à l’université du Queensland, M. Weedbrook s’est envolé pour Toronto afin d’y effectuer des recherches postdoctorales, et cette expérience l’a transformé.

« Lorsque je suis arrivé ici, il y a plus de dix ans, j’ai été charmé par la ville, affirme M. Weedbrook. Je voulais rester ici et obtenir ma citoyenneté. Je l’ai eue et je ne veux toujours pas partir. »

En Ontario, M. Weedbrook a fait la connaissance de certaines des sommités de la recherche en informatique quantique à l’Université de Waterloo, à l’Université McMaster, à l’Université Queen’s, à l’Université d’Ottawa et à l’Université de Toronto. Ces chercheurs ont par la suite lancé des réseaux d’entreprises en démarrage comme Toronto’s Creative Destruction Lab (en anglais seulement) et WaterlooEDC Quantum Technology (en anglais seulement).

Avec autant de talents à portée de la main, M. Weedbrook a décidé de lancer l’entreprise quantique de ses rêves en 2016 : Xanadu.

« Toronto est une plaque tournante pour les talents en matière d’informatique quantique – ce n’était donc pas une idée si folle. Et de nombreux incubateurs ont vu le jour au cours des dix années qui se sont écoulées depuis mon arrivée », ajoute-t-il.

Au cours de ses deux premières années d’existence, Xanadu a obtenu un financement d’amorçage de neuf millions de dollars avec comme principal investisseur OMERS Ventures, qui gère les pensions de près d’un demi-million d’Ontariens.

« OMERS n’avait jamais rien fait de tel auparavant; c’était donc une très grosse affaire pour eux, précise M. Weedbrook, mais depuis les cinq dernières années, un nombre croissant d’investisseurs, notamment canadiens, montrent qu’ils croient en nous. »

La carte maîtresse de Xanadu

Une micropuce quantique
Une micropuce quantique

À la base, l’informatique quantique a le potentiel de révolutionner la façon dont un ordinateur traite les données.

Pour les ordinateurs types, les bits basculent entre les valeurs de 0 et de 1 pour exécuter différentes fonctions. Les ordinateurs quantiques reposent sur des qubits qui ont la particularité de pouvoir avoir ces deux valeurs à la fois. Les experts estiment que si les micropuces quantiques peuvent exploiter un grand nombre de ces qubits en synchronie, elles seraient en mesure de résoudre des problèmes complexes, et même de simuler des atomes, ce qui pourrait permettre de produire de meilleures piles et d’accélérer le développement de vaccins.

« À la fin du siècle, il sera étonnant de penser que toutes ces découvertes importantes n’auraient pas été possibles sans les ordinateurs quantiques, et c’est ce qui nous enthousiasme vraiment », explique M. Weedbrook.

Cependant, les ordinateurs quantiques ne sont pas encore en mesure de résoudre ces problèmes. En effet, les qubits peuvent être perturbés par des ondes sonores microscopiques, ce qui est une des principales difficultés qu’ils présentent.

Chez Google, les chercheurs se sont attaqués au problème en refroidissant leurs micropuces quantiques au zéro absolu, soit -273 degrés Celsius ou -460 degrés Fahrenheit. D’autres entreprises ont piégé des ions pour faire bouger des qubits simultanément.

Chez Xanadu, les chercheurs ont réussi à insérer des lasers dans une micropuce de la taille d’un ongle de pouce afin d’exploiter jusqu’à 40 qubits à la fois. Fait impressionnant, les micropuces de Xanadu fonctionnent à température ambiante et utilisent une technologie de télécommunications qui existe déjà; ainsi, elles pourraient être fabriquées dans des usines déjà en place.

« Imaginez que vous avez un laser et que vous retranchez des photons. Si vous continuez assez longtemps, vous finirez par avoir une poignée de photons plutôt que des milliards. C’est à ce niveau que l’effet quantique se produit réellement et que nous pouvons procéder à des manipulations et obtenir des résultats intéressants », précise M. Weedbrook.

Les micropuces de Xanadu ne sont pas encore assez puissantes pour dépasser les superordinateurs, mais M. Weedbrook croit que ce n’est qu’une question de temps, car elles s’améliorent de manière exponentielle.

« Il est toujours hasardeux de faire des prédictions [...], mais nous visons un résultat au cours de cette décennie », a-t-il ajouté.

Heureux de vivre en Ontario

Lors de son dernier cycle de financement, Xanadu a obtenu 100 millions de dollars américains de la part de Bessemer Venture Partners, une société de la Silicon Valley. Ce financement permettra à l’entreprise d’embaucher 100 personnes de plus et d’étoffer son équipe actuelle de 90 employés à Toronto, dont la moitié sont étrangers et ont été attirés par l’esprit multiculturel de la ville, son écosystème technologique florissant et ses politiques d’immigration favorables.

« L’afflux de cerveaux a lieu ici. Nous encourageons les gens à venir à Toronto et l’appel est entendu. Beaucoup d’entre eux obtiennent leur [résidence permanente] et visent la citoyenneté », mentionne M. Weedbrook.

L’accès au financement a également permis à Xanadu d’agrandir son bureau de Toronto à l’angle de Yonge et College, où l’équipe exploite des micropuces quantiques auxquelles les chercheurs partenaires des secteurs public et privé peuvent accéder via l’infonuagique.

« Si vous m’aviez dit, il y a dix ans, quand je suis arrivé, qu’il y aurait une entreprise d’informatique quantique au-dessus de la station de [métro] College, je ne l’aurais pas cru. C’est tout à l’honneur de l’équipe, des gens que nous embauchons, et c’est un plaisir d’en faire partie », ajoute M. Weedbrook.

La course aux qubits étant bien engagée, Xanadu a un potentiel illimité et M. Weedbrook se dit fier que tout cela se passe dans sa chère ville de Toronto.

« C’est une chance incroyable de pouvoir faire ce que nous aimons à Toronto, au Canada, et je pense que c’est le plus grand privilège que nous ayons, avance-t-il.

[...] Je ne pouvais imaginer créer mon entreprise ailleurs. »